Il y a une semaine, nous avons tenté d’occuper l’ancien Hospice Pacheco, bâtiment public appartenant au CPAS et laissé vide depuis 2017. Les autorités de Bruxelles-Ville ont répondu par l’expulsion et l’arrestation des militant·e·s présent·e·s. Le CPAS vient maintenant de lancer un appel à projet pour une l’occupation temporaire du site. Ils veulent bien accueillir des acteurs privés et des projets commerciaux, mais surtout pas de logement.

Ci-dessous, notre lettre ouverte aux autorités communales face à un projet qui sent la gentrification et l’exclusion des plus précaires.

Lettre (ouverte) aux autorités communales et responsables du CPAS de Bruxelles-Ville

Monsieur le Bourgmestre Philippe Close,

Monsieur le Président du CPAS Khalid Zian,

Mesdames et Messieurs les Échevin·e·s,

Mesdames et Messieurs les Conseiller·e·s,

Ce vendredi 26 février, la Campagne de Réquisitions Solidaires a tenté d’occuper l’ancien Hospice Pacheco, bâtiment public appartenant au CPAS et laissé vide depuis 2017. Comme lors de précédentes ouvertures, il s’agissait de mettre le lieu à disposition de personnes sans-abris et de collectifs précarisés, dont la Voix des sans-papiers. Contrairement aux cas précédents, les autorités de Bruxelles-Ville ont refusé le dialogue en vue d’établir une convention d’occupation et ont répondu par l’expulsion et l’arrestation des militant·e·s pour le droit au logement présent·e·s.

Afin de justifier cette intervention, le cabinet du Bourgmestre, le Président du CPAS et le Premier Echevin ont affirmé à plusieurs reprises (dans la presse, par téléphone ou sur les réseaux sociaux) que si un contact préalable avait été établi, les autorités communales auraient été ouvertes à une occupation. Ils nous invitaient dès lors à déposer un dossier dans le cadre de l’appel à projet.

Or, les autorités de la ville de Bruxelles ont déjà été sollicitées à plusieurs reprises par rapport à une occupation de ce bâtiment (notamment par la Voix des Sans-Papiers il y a deux ans déjà et par la Région cet hiver pour du logement d’urgence) et ont refusé à chaque fois de mettre à disposition le bâtiment.

De plus, l’appel à projets pour l’occupation du Pacheco rendu public cette semaine spécifie bien que le logement n’est pas autorisé. Cela a été voté à la quasi-unanimité lors du conseil de l’action sociale du 24 février dernier. Il est donc étonnant de recevoir comme réponse des autorités communales pour justifier l’expulsion que nous aurions pu ou que nous pourrions encore introduire une demande dans ce cadre.

Il est temps d’inverser la logique: si nous ouvrons des bâtiments vides sans discussion au préalable, c’est bien parce que c’est notre dernier recours: c’est uniquement en occupant sans concertation préalable des bâtiments publics vides que nous parvenons à négocier des contrats d’occupation temporaire pour des personnes précarisées ou sans-abris. Nous aimerions pouvoir faire autrement, nous aimerions que les autorités publiques prennent leurs responsabilités et assurent à tou.te.s les citoyen‧e‧s vivant sur leur territoire le respect de ce droit fondamental qu’est le droit au logement, garanti par l’article 23 de la Constitution.

Cependant, nous constatons que la ville de Bruxelles choisit délibérément un autre chemin. Nous entendons bien que des projets socioculturels comme ceux prévus dans l’appel à projet actuel peuvent être des solutions pertinentes pour occuper des bâtiments vides inappropriés au logement. Par contre, l’accueil de projets commerciaux privés nous est difficilement compréhensible. Plus encore, nous sommes effaré‧e‧s que lorsqu’un bâtiment est adéquat pour y faire du logement, cette affectation-là ne soit pas prioritaire pour les pouvoirs publics alors même qu’on dénombre plus de 4000 personnes sans-abris à Bruxelles (Strada, 2019). Rappelons que le Grand Hospice Pacheco était, jusqu’en 2017, une maison de repos et de soins et que sa vocation historique est l’accueil de personnes précaires.

De plus, compte tenu de la durée de l’occupation temporaire proposée dans le cadre de l’appel à projets (au moins jusqu’en jusqu’en décembre 2023), cela permettrait un grand soulagement pour certains collectifs et personnes précarisées vivant des déménagements successifs à un ryhtme effréné. De manière plus globale, nous invitons les autorités publiques à questionner la tendance actuelle de gentrification des occupations temporaires: ce type d’appels à projets, tel que celui publié pour le Pacheco, se multiplient ces derniers temps: See U, Tri Postal, StudioCityGate, etc. Or ces projets participent, par les activités qu’ils mettent en place et le type de publics qu’ils attirent, à une gentrification de l’espace public, pendant que les personnes les plus précaires demeurent exclues. Quand un bâtiment vide peut convenir pour du logement, nous pensons qu’il est de votre responsabilité d’en faire une priorité.

Nous vous demandons dès lors de prendre les dispositions nécessaires permettant la mise à disposition rapide d’une partie du bâtiment Pacheco et ce afin de répondre à l’urgence dans laquelle se trouvent de nombreuses personnes précarisées, sans logements ni papiers, particulièrement en période de crise sanitaire. Une occupation pour du logement d’une partie des 12.000m² du bâtiment principal ou du bâtiment de l’allée Est (actuellement exclu de l’appel à projet) est tout à fait compatible avec l’existence d’autres projets dans le bâtiment.

Merci pour l’attention que vous porterez à ce courrier et pour la réponse que vous ne manquerez pas de donner à cette requête.

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